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Live report : festival Rock A Field 2012 @ Roeser (Luxembourg)

LIVE REPORT : FESTIVAL ROCK A FIELD – 23 & 24 JUIN 2012

Pour sa sixième édition, le festival Luxembourgeois Rock A Field sort les têtes d’affiche alléchantes mais enchaîne les gamelles malencontreuses. Retour sur un festoche boueux, mais néanmoins empli d’une énergie débordante.

Petit memento pour les adeptes des gros festivals : le Rock A Field, bien que petit d’apparence comparé à ses lointains cousins bretons, est le plus gros événement musical de l’été sur le Luxembourg, attirant également bon nombre de fans des quatre coins de l’Europe. Il se déroule tous les ans à Roeser, dans une charmante clairière aménagée de deux scènes, la scène principale dite A, gérée par l’Atelier, et la Startin’ Stage un poil plus petite. Pour son édition 2012, Rock A Field prend de l’ampleur et s’étale sur deux jours où on peut assister à des concerts qui vont de la folk au gros metal qui tâche, en passant par du gigotant dubstep. Les têtes d’affiche cette année ? Motörhead, Mumford & Sons, Dropkick Murphys et les très attendus Justice, qui auraient dû clôturer le festival. Auraient dû, ben oui, j’ai bien dit qu’il y avait eu des gamelles…

Day 1 : Rock’n’roll, baby !

Arrivés un peu tard pour cause de GPS demeuré, on apprend qu’on a pas manqué grand-chose : Godsmack a annulé son set tardivement, le chanteur ayant une laryngite (on lui souhaite un bon rétablissement d’ailleurs). Petit regret de n’avoir pas pu assister aux prestations de Casper et Mac Miller, deux rappeurs respectivement teuton et ‘ricain, qui ont réchauffé le public qui s’en va sautillant vers la startin’ stage pour accueillir à bras ouverts Dirtyphonics. Les plus que dignes héritiers de Daft Punk (bon, d’accord, je suis pas fan de Daft Punk, mais Dirtyphonics c’est sympa) ont eu la fougue nécessaire au maintien de l’ambiance. Et c’était loin d’être évident : le dubstep à 17h, c’est un peu casse-gueule. Mais le set est efficace, le public est chauffé et assez mouvant pour que l’un des DJs français tape un slam en bonne et due forme.

The Kooks

Ensuite commencent les choses sérieuses et les grattes grattantes. Les très attendus The Kooks enchaînent leurs tubes qui sentent bon le rock anglais et l’été, pour le plus grand plaisir du public qui les reprend volontiers en chœur. Le chanteur, dont la bogossitude atteint les 8MMSE (Meufs Montées Sur Épaules), achève les plus sensibles avec un langoureux Do you want to have sex with me, qui fait oublier les 17° ambiants. Le rock est encore à l’honneur avec The Kills qui enchaînent un concert agréable, mais pas assez festif pour le public qui préfère retourner garder sa place pour Snow Patrol. Le nom du groupe ne vous dit peut-être rien, mais vous avez déjà entendu à coup sûr les Irlandais/Écossais en fond sonore de votre série préférée (et là je ne me mouille pas trop, leurs chansons sont utilisées partout). Pour être honnête, avant de les voir en live, une connexion synaptique reliait dans ma tête « Snow Patrol » et « scène de deuil/rupture de série télé ». Autant dire que j’avais préparé corde et mouchoirs avant de m’installer au premier rang… À tort, ô combien ! En plus de la voix étonnamment claire du chanteur, on reçoit moultes sourires et boutades de ce dernier, qui nous confie avoir laissé pousser ses tifs pour aller voir Motörhead, qu’on a intérêt à applaudir sévère ce soir. Sans problème, monsieur. J’ai rarement pu voir un groupe aussi chaleureux et heureux de jouer en live, qui garde l’enthousiasme et l’émotion des novices malgré un jeu absolument impeccable et une renommée déjà mondiale. Pour cracher sur le son très mainstream des chansons, les mauvais esprits diront « OST de Newport Beach », je leur répondrai « efficace ». Même les metalleux arborant la tête de Lemmy sur t-shirt balançaient les bras, la larmichette à l’œil pendant Run. Oui oui, je vous ai vus.

Le sourire encore bête aux lèvres, je n’étais de toute évidence pas en état d’apprécier pleinement Mastodon, qui a fait un sacré décalage avec le concert précédent. Une heure de repos avant d’aller faire coucou à Lemmy. (pour une raison étrange, quand j’ai dit que j’allais à un concert de Motörhead, on m’a dit de « passer le bonjour à Lemmy ». Les habitués.) Concernant Motörhead, pour être honnête, je ne suis pas la mieux placée dans la team Karma pour reviewer avec finesse la prestation. Mais la profane sait reconnaître une légende quand elle en voit une, même si son instinct de survie l’a éloignée du pit (pour ma défense, mon mètre cinquante-cinq me hisse directement à hauteur d’aisselle de metalleux). J’ai passé le bonjour à Lemmy, avec stupeur et tremblements, et en suis repartie avec une coupe de Super Saiyen après The ace of spades.

Day 2 : de la boue et du bordel

Le deuxième jour démarre mal. Dépités par le temps maussade, aller voir de la pop allemande ne nous enchante pas plus que ça. Clueso, puisque c’est son nom, a pourtant convaincu le reste du public présent malgré les nuages qui pèsent. Bénéficiant d’une vraie renommée en Allemagne et au Luxembourg, le jeune parolier se voit accueilli chaudement, ses chansons reprises par les festivaliers (en allemand du coup, c’est un spectacle unique et étrange). Malgré le manque de compréhension des paroles, l’émotion est contagieuse de deux côtés et le briquet est sorti, retro style. Le guitariste a droit à sa minute de gloire avec un solo final bien mené, et la curiosité l’emporte : ça m’a pas l’air si mal, il faudra que je me renseigne sur le bonhomme, et vous aussi tiens.

 

Comme tous les ans, le Rock A Field me fait sans le savoir une faveur personnelle en invitant « le groupe que j’écoutais quand j’avais quinze ans et que je pouvais pas aller à des concerts ». L’an dernier, c’était Jimmy Eat World, et cette année, c’est Lostprophets qui s’y colle, avec son punk pop et son enthousiasme braillant. Le premier groupe de la journée qui bouge complètement la foule, et fait bondir jusqu’au public le plus éloigné. Et une invitation sur scène de types déguisés en animaux qui en ont bien profité. Bon son, bonne ambiance, on en sort crevé et avec le sourire. Au fait l’Atelier, l’an prochain faudra inviter Nirvana. (comment ça c’est pas possible ?)

Les très rodés Mutiny on the Bounty assurent leur set sous une pluie qui commence à décourager les festivaliers. Ça se vide sérieusement. Les plus courageux restent pour écouter les Luxembourgeois qui alternent les morceaux acoustiques et chantés, mais le groupe perd une partie de son public à la faveur des Dropkick Murphys, attendus sur la Startin’ Stage.

Et surprise ô combien mauvaise, les punks ne sont pas là. Faute d’avoir changé l’affichage de la prog, qui tourne sur l’écran géant régulièrement, peu de festivaliers étaient au courant de la panne des Dropkick sur l’autoroute. Retard qui a forcé l’orga à déplacer leur set à 23h50, à la place de Justice… Qui ne viendra pas. L’annonce passe mal, on rencontre des allemands dépités d’avoir fait la route pour finalement ne pas voir Justice. Les français, arrivés trop tard pour monter leur scène, ont préféré partir plutôt que de jouer sans effets. Pas glop. Daniel tient à ce que je mentionne qu’il est très contrarié.

TriggerFinger

C’est donc avec de la boue jusqu’aux chevilles et la gueule renfrognée qu’on a accueilli les TriggerFinger, qui ont remplacé les Dropkick Murphys au pied levé après un premier set plus tôt dans l’après-midi. Autant dire que ce n’était pas gagné pour le trio belge, qui donne peu de concerts hors festivals. Et pourtant, tout le monde a été soufflé. Sans doute la meilleure surprise de tout le festival, ces plus-tout-jeunes nous pondent un stoner rock d’enfer, avec une prestance et une fougue dignes de véritables superstars. Le public qui tirait la tronche est instantanément conquis et porte volontiers le chanteur, qui slame en complet veston et récupère au passage des lunettes roses fluo… Lunettes qu’il chausse avec une classe toute naturelle. Conclusion sur une reprise étonnante de Lykke Li (mais si, vous connaissez I Follow Rivers) où le batteur abandonne ses toms pour jouer de la tasse et de la soucoupe avec brio. Un groupe excellentissime et un nom à retenir, si jamais vous les croisez en festival cet été…

Biffy Clyro sort l’artillerie lourde pour faire oublier la pluie au public : effets de fumée, rubans de papier, c’est du grand spectacle, mais je reste un peu crispée par le chanteur qui passe mal la transition studio/live, et enchaîne les fausses notes. On me souffle que si c’est ses chansons, c’est lui qui décide comment il faut les chanter, donc c’est pas des fausses notes. Bon, admettons.

La pop electro de Two Door Cinema Club sonne admirablement bien depuis l’autre scène, que l’on squatte en attendant Mumford & Sons. Petit regret de ne pas les avoir vus jouer autrement que sur l’écran, entrecoupés par d’incompréhensibles pubs Greenpeace.

Mumford & Sons, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est tout simplement le renouveau de la folk, version anglaise. Le groupe, qui donnait déjà une image sympathique en refusant de donner une quelconque signification profonde à sa musique, est loin d’avoir les chevilles enflées malgré son statut de tête d’affiche. Le chanteur guitariste s’excuse d’emblée de ne pouvoir que chanter, parce qu’il s’est cassé la main. Il y en a qui ont annulé pour bien moins que ça… Et sa main valide se consacre aux maracas, aux percus, en superbe harmonie avec les cordes et les cuivres qui forment presque un orchestre. La contrebasse amplifiée, ça a de quoi faire danser : une gigue folle s’empare du public pendant Little Lion Man, il reprend en chœur les chansons les plus calmes, provoquant une grande émotion du groupe et du chanteur au timbre si reconnaissable.

Billy Talent enchaîne sur la Startin’ Stage devenue un véritable marécage, avec sa musique indéfinissable, quelque part entre le screamo, le punk et la pop. Il y a dix ans j’aurais dit oui. Là j’en profite plutôt pour photographier des filles en bikini qui se battent dans la boue.

Le set interminable de DeadMaus m’a laissée alternativement curieuse et terrifiée. Comme dirait mon acolyte, « c’est pas ma came ». Mais c’est de toute évidence celle du public qui se rue dans ce qu’il reste du champ, transformé en rave party démoniaque. Je ne dis pas démoniaque pour rien, j’ai vu Cthulhu projeté sur l’écran géant. Si, si. Ça m’a fait peur.

Dropkick Murphys

Deux heures et des brouettes plus tard, après que DeadMaus ait grapillé quinze minutes sur l’horaire des Dropkick Murphys (en plus des dix minutes grapillées à Billy Talent, parce qu’il a commencé avant la fin de leur set…), les keupons arrivent enfin sur scène. Et là, on se fiche de la boue, on se fiche de la pluie et du K-Way rose emprunté à Mamy, c’est l’explosion finale. Les ricains sont déchaînés. Ils nous rappellent à coups de cornemuse leurs origines irlandaises, et à coups de gratte leur ascendance punk. Clore un festoche sur Shipping up to Boston, c’est bon, et ça valait le coup d’attendre.

Conclusion à cette longue review : un festoche plein de galères pour l’Atelier, entre la pluie et les annulations. À noter dans les points positifs, les navettes qui sont toujours d’une efficacité extraordinaire. Les remplacements ont été bien gérés, le passage des informations beaucoup moins, mais au final, une édition foireuse qui retombe sur ses pattes quand même, c’est le symptôme d’un petit festoche qui devient grand. À l’année prochaine !

Un grand merci à Eldoradio pour les infos sur la prog modifiée.

Article : Marine Pellarin

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