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Parov Stelar : « Je préfère jouer devant des milliers de curieux que devant 50 connaisseurs »

L’OVNI inclassable Parov Stelar sera à la Rockhal ce 28 juin, et on lui a posé quelques questions sur sa carrière, le monde de l’electro… Et les Aristochats !

 

On fait un petit tour du côté de ton style musical… Pas habituel ! Comment tu décrirais ta musique ?

C’est toujours difficile pour un artiste de décrire son propre travail… La plupart des gens disent que c’est un mélange de techno minimale, d’electro et de vieux samples de soul et de swing. Je suis plutôt d’accord avec ça ! Même si je suis souvent rangé dans la case « electro-swing », je préfère parler d’art du sample, vraiment. Le fond de mon travail ce sont les samples, de vieux samples des années 50-60. La musique de ces années-là m’inspire beaucoup, mais les musiques actuelles aussi. Mon truc, c’est le mélange ! Je crois que toute l’identité de Parov Stelar est dans le mélange de l’ancien et du nouveau.

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Tu as un parcours très particulier, on a entendu que tu avais été graphiste, et aujourd’hui tu es DJ et producteur…

Oui, je suis passé par un peu tout ! J’ai commencé à produire avant de faire de la musique moi-même, en fait. Mais tout au début, je faisais les affiches et les flyers des évènements techno de ma ville d’origine. C’était au milieu des années 90, et comme je faisais leurs visuels, j’avais accès gratuit à tous ces évènements. C’a été mon premier contact avec la musique electro. Quand j’ai vu ces gars derrière leurs platines, qui lançaient des grosses basses… Je me suis dit : moi aussi je veux faire du boom-boom-boom ! Moi aussi je veux être payé à faire de la bonne musique, avec toutes ces belles filles qui gravitent autour de moi, à boire de la bière et faire la fête. (rires) Ca me paraissait être un métier de rêve. Du coup j’ai acheté des samples et du matériel, j’ai essayé de faire ma propre « boom-boom music »… Et je me suis rendu compte que c’était loin d’être aussi simple qu’il n’y parait ! Mais la musique a pris plus d’importance que tout le côté fêtard, et je me suis mis à vraiment aimer sampler. J’en suis arrivé à un point dans ma vie où je devais décider si je continuais à faire du graphisme ou si je tentais le coup avec la musique, et j’ai choisi le chemin de la musique.

Certaines de tes chansons ont été utilisées pour des publicités pour des grandes marques, Cosmopolitain, Bacardi… Comment tu te places par rapport à ça ?

J’assume complètement. La publicité commence à prendre une grande place dans la vie des musiciens. L’industrie musicale a beaucoup changé ces dernières années. Les artistes perdent énormément d’argent avec tout le téléchargement illégal, du coup même si c’est très bien que la musique se propage comme ça, il nous faut trouver d’autres sources de revenus pour notre travail. Pour moi c’est juste une manière différente de vendre ma musique et de gagner ma vie. Je trouve que c’est une très bonne occasion de le faire et en plus de ça, ça dure dans le temps.

Tu travailles sous le nom Parov Stelar, mais tu as aussi un groupe, le Parov Stelar Band… Comment c’est né, tout ça ?

C’est une longue histoire ! Pour faire court, j’ai commencé comme DJ et j’ai rencontré Max, le saxophoniste. Il avait commencé à jouer à la fac et connaissait beaucoup de gens, du coup il m’a recommandé quelques personnes… Ca fait un moment, du coup certaines personnes ont intégré puis quitté le groupe, mais depuis deux ans, on a gardé la même formation et ça marche très bien. On vient d’un peu partout, le batteur est suédois, le chanteur est de Slovénie, les autres d’Autriche… Du coup quand on a un concert ensemble, je mixe et ils jouent. C’est encore très différent. Quand je suis seul je suis plutôt orienté vers la soul, la pop, et avec les gars on se lance davantage dans l’electro-swing. Ca se complète bien, je peux faire ces deux choses que j’aime, d’un côté seul et de l’autre côté avec le groupe, c’est une bonne situation.

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Tu as d’ailleurs enregistré plusieurs albums avec le Parov Stelar Band. The Princess, et cette année, The Invisible Girl… Il y a beaucoup de noms de femmes dans vos chansons !

Pour moi, la musique, c’est une femme. Une lady. C’est quelque chose de très féminin, tu ne trouves pas ?

Et de félin aussi ! Quand j’ai entendu Catgroove pour la première fois, j’ai immédiatement pensé aux Aristochats, à la scène où ils font de la musique et dansent dans le jazz-club…

(rires) C’est le premier film que j’ai vu au cinéma étant enfant !

Je suis sûre que c’est resté ancré dans ton inconscient !

Sûrement… Le chat est un symbole très jazz. Et maintenant que tu le dis… C’est vrai que j’ai beaucoup de chats dans ma vie ! J’ai huit chats à la maison, j’habite dans une grande et vieille ferme avec ma famille, et ils traînent partout. Les chats reviennent dans mes travaux tout le temps, dans les titres ou l’inspiration, ce n’est pas vraiment volontaire mais ils sont toujours là. Je ne peux pas vraiment décrire ça mais il y a une connexion particulière entre les chats et la musique. Surtout le jazz. Ils sont démoniaques dans un sens et ce sont aussi des artistes. Tu sais, cette façon qu’ils ont de bouger ? C’est presque une danse. Ca jouera toujours un vrai rôle dans mon travail.

Et ils sont très libres aussi. En fait c’est eux qui te poussent à faire cette musique un peu folle !

(rires) Probablement ! Ils sont libres, je me sens libre. Et ils ont toujours ce qu’ils veulent, et moi aussi !

La scène electro-swing est très pointue, on en entendant pas toujours beaucoup parler dans la presse musicale. Comment est-ce que tu te places par rapport à ces catégories, est-ce que tu as le sentiment d’appartenir à la communauté electro-swing ou de suivre ton propre chemin ?

Je crois que je suis mon propre chemin. Je connais bien la communauté electro-swing, mais je ne m’en sens pas spécialement proche. Bien sûr, il y a des parties electro-swing dans mes chansons, mais ce n’est pas le principal. Les chansons les plus connues de Parov Stelar sonnent electro-swing, c’est vrai, mais c’est plus ou moins une coïncidence, on ne les produit pas « pour faire de l’electro-swing ». Je n’aime pas l’idée de ranger les artistes dans des cases, ou même de dire « cet artiste appartient à tel courant musical ». Evidemment le public a aussi besoin de ça, quand tu écris de la musique, les gens ont besoin d’identifier le résultat à des choses qui existent déjà et qui sont catégorisées. Mais en tant qu’artiste, je pense que c’est très important d’ouvrir des portes, d’essayer des choses nouvelles, de ne pas rester bloqué au milieu de son propre travail.

Il y a un jeune homme qui danse sur tes chansons et poste les videos sur Youtube. Il est devenu très connu et a des millions de vues pour ses vidéos. Est-ce que c’était quelque chose de prévu, ou bien c’est un fan ?

Je l’ai rencontré, il s’appelle Michael et vient du Canada. Mais ce n’était pas prévu du tout, non, c’est vraiment un fan qui a voulu poster ses propres vidéos, je ne le connaissais pas à la base. Quand j’ai découvert ça, ça m’a beaucoup plu, il est doué ! Du coup j’en ai posté sur ma page Facebook… Certaines personnes disent qu’il est devenu connu à cause de ma musique et d’autres que je suis connu à cause de lui, c’est assez drôle comme tout se mélange !

Tu as créé ton propre label, Etage Noir. Qu’est ce qui t’a decide à créer ton label ? Est-ce que c’était pour avoir plus de liberté musicale ?

En fait c’est l’histoire classique du mec qui produit dans sa chambre. J’ai commencé il y a dix ans et pour les producteurs, c’était trop « bizarre », ce mélange de swing et d’electro. Personne ne voulait me signer sur leur label. J’ai essayé avec des centaines de labels, vraiment. Je leur ai envoyé ma démo, mais ça n’intéressait personne. Alors je me suis dit, tant pis si ça n’intéresse personne, moi ça m’intéresse, alors j’ai autant me produire moi-même. Ca n’a pas été facile, ça a pris beaucoup de temps et d’enregistrements… Mais ça a fonctionné.

Et donc actuellement, tu es toujours DJ et producteur ? Comment est-ce que tu jongles entre ces deux métiers ?

Oui, je fais toujours les deux. C’est épuisant. C’est d’autant plus difficile que j’ai eu un fils, qui a aujourd’hui onze mois et je ne peux pas passer beaucoup de temps avec ma famille. Alors je me débrouille pour que l’équipe s’étende et les choses puissent se faire indépendamment de moi, sur le label. En ce moment le temps est un luxe ! (rires) Je préfère en rire mais ça me dépasse un peu, j’aimerais vraiment avoir plus de temps à passer avec mes proches. Quelquefois j’ai très envie de composer et je pourrais y passer des journées entières, mais à d’autres moments je ne peux plus voir mon ordinateur en peinture, j’ai juste envie d’être dans ma maison avec ma femme et mon fils. Il y a dix ans, il n’y avait que la musique dans ma vie. Et quand on vieillit… Enfin, ce n’est pas une mauvaise chose en fait. Les choses paraissent un peu moins importantes qu’il y a dix ans et d’autres choses le sont devenues. Je pense que c’est très important, quand on est un artiste, de savoir prendre une distance saine par rapport à son travail. Pour soi et pour la musique.

Tu seras à la Rockhal le 28 juin. Ta musique est très éclectique, tu dois avoir l’habitude de voir des fans de jazz autant que des fans d’electro à tes concerts… Est-ce que c’est important pour toi, de toucher tous les types de public ?

Plus de gens écoutent ta musique, plus tu as réussi, je pense ! Surtout quand ce sont des personnes qui n’étaient pas susceptibles d’accrocher à l’un des éléments que tu transformes. Je n’ai vraiment pas de problème avec le mainstream, ou le fait de le devenir. Je préfère ça que de jouer un concert super pointu devant un public de 50 ou 100 nerds de l’electro-swing, il y en a qui incarnent une espèce de police de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, qui te critiquent… Je veux faire ce que j’ai envie, la musique que j’aime. Je préfère que mes concerts soient de grandes fêtes, des rassemblements où les personnes du public, peu importe qui elles sont, apprécient l’instant présent. Je ne veux pas de gens qui se demandent si c’est mainstream, underground, si c’est assez cool pour ceci ou cela… On s’en fiche ! Si le public ne connaît pas toutes ces cases, c’est tant mieux. La vie est trop courte pour penser de cette façon-là.

Et la dernière… Les Beatles ou les Stones ?

Les Beatles qui jouent Paint It Black ! (rires) Quand j’étais plus jeune j’étais ultra-fan des Beatles, et je commence seulement à vraiment découvrir et à apprécier les Stones, leur attitude me plaît. Mais dans le fond je serai toujours fidèle aux Beatles.

Propos recueillis par : Marine Pellarin

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