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Steve Lukather (Toto) : « J’ai regardé ce qu’était ma vie, et j’ai appuyé sur restart »

Initialement publié dans Karma#4

Le groupe à succès fête cette année ses 35 ans de carrière. Trois décennies après l’entêtante « Africa » et « Toto IV », Steve Lukather, dit Luke, revient enfin sur les scènes de nos contrées avec sa bande. Non content de s’attarder sur l’histoire du groupe, il nous parle de son hallucinante carrière dans cette interview exclusive.

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Vous avez fait un sacré bout de chemin avec Toto… 35 ans déjà ! Comment se passe la préparation des concerts ?
C’est effrayant de voir que ça passe si vite ! Je suis terrifié (rires). ça a été génial, j’ai tellement de souvenirs… J’ai vraiment hâte d’entamer la tournée anniversaire. J’ai toutes ces piles de CDs sur mon bureau pour définir la setlist. On va essayer de mettre en place un gros show, avec des hits que tout le monde connaît et veut entendre, mais aussi des chansons plus exclusives qu’on n’a jamais jouées en live. On essaie toujours de varier chacun de nos concerts, parce que ça peut être lassant de ne jouer que les tubes. Mais il va falloir choisir, sinon le concert va durer cinq heures (rires) ! En tout cas, ce que je vois de ces trente-cinq ans, c’est que ça a été une réussite, qu’on est de retour, et pour moi c’est génial !

Vous parlez de souvenirs, vous devez effectivement en avoir des tas… Et si vous deviez choisir votre meilleur souvenir avec Toto ?
C’est impossible de trouver un souvenir unique, vraiment, Toto est plus qu’un groupe pour nous. Je connais David Paich, les frères Porcaro, Joseph Williams depuis quarante ans. Les Porcaro et moi, on a grandi dans le même quartier. On a tout vécu ensemble. Le démarrage, le succès, les mariages, les divorces, les enfants… La mort, la drogue… Les bons moments comme les mauvais. Comment expliquer ce genre de relations et choisir un moment ? On est vraiment une famille. Et maintenant, on aide un frère qui va mal, Mike Porcaro. Il est très malade… Il va vraiment mal (Mike Porcaro est atteint de la maladie de Charcot, ndlr).

C’est pour lui que vous vous êtes reformés en 2010, pour la tournée de soutien ?
C’était l’idée à la base, oui. Ça l’est toujours, en fait. On prend soin de Mike comme une famille le ferait, on se soutient les uns les autres. Et à côté de ça, on joue la musique que le public veut écouter. Pour moi, c’est la meilleure version possible d’un groupe, allier ces deux choses : la musique et la famille. Et vu qu’on parle de Mike… Si je devais choisir un des meilleurs souvenirs, ce serait eux. Mike et Jeff (Jeff Porcaro, membre co-fondateur de Toto, décédé en 1992, ndlr).

Concernant le groupe, est-ce qu’on peut attendre un nouvel album après cette tournée ?
Je ne peux pas te répondre. Je peux te dire ceci : si tu m’avais posé la question il y a deux ans, j’aurais dit : « Absolument pas ! » Mais maintenant… Je garde l’esprit ouvert. C’est vraiment une histoire de planning. Si on le décide, il faudra qu’on soit dans les meilleures conditions possibles pour proposer un spectacle de qualité. Alors qui sait ? Peut-être. Peut-être est-ce mieux si nous n’en refaisons pas.

Vous avez fait honneur à la France et avez prévu huit dates dans tout l’Hexagone. Toto a toujours été très apprécié ici, ça nous fait plaisir de voir que c’est réciproque.
Oh ça, carrément ! On adore la France. Les Français ont toujours été très généreux avec nous, on sent que vous appréciez vraiment notre musique. Je croyais que le concert de Paris était déjà complet, j’allais te le dire, mais il ne l’est pas encore, ça ne va pas tarder. Pour les autres dates, un grand nombre de places ont déjà été vendues, ça nous fait évidemment très plaisir. On a hâte d’y être. Alors venez, on a un putain de show prévu pour vous, ne le manquez pas (rires) !

On pourrait parler des heures de tous les albums sur lesquels vous avez travaillé en dehors de Toto, vous comme les autres membres du groupe… Vous avez une carrière incroyable. D’ailleurs, la rumeur dit que vous réalisez en ce moment une liste des disques auxquels vous avez participé.
Oui, le musée Grammy organise notre anniversaire, on est en plein comptage. Ce qui en ressort, c’est qu’à nous tous, on a participé à 225 albums nominés ou lauréats des Grammys. Si tu regardes les murs du musée, toutes les pochettes des artistes de légende, et que tu te demandes « Quel est leur point commun ? », la réponse, c’est nous. Et en dehors des Grammys, avec les gars, on est sur le cul quand on compte, on arrive à quoi… Six mille, sept mille disques sur lesquels on a bossé. Pour tous les artistes marquants des quinze dernières années, pour tous les styles de musique, sauf le classique… C’est terrifiant ! On a du mal à réaliser, on s’est tous dit : « Quoi, sérieusement ? »

Sept mille, oui, on a du mal à imaginer ! Vous avez travaillé avec Lionel Ritchie, Paul McCartney, Earth, Wind & Fire, Michael Jackson… D’ailleurs c’est vous qui jouez la partie guitare de Beat It !
Et la basse ! Jeff Porcaro était à la batterie, Mike au clavier, et Eddie Van Halen a joué le solo. Pour Thriller, c’est nous qui jouons quasiment toute la musique de l’album, et peu de gens le savent. Les autres aiment juste Toto, ne savent pas pour le reste et s’en fichent (rires) !

Il y a beaucoup de gens qui pensent qu’Eddie Van Halen joue toute la guitare sur Beat It, il faut corriger ça !
Ah non ! J’ai joué toutes les notes de guitare sur l’album Thriller, excepté le solo de Beat It. J’ai beau passer mon temps à corriger ça sur Wikipédia, ils remettent toujours que c’est Eddie ! C’est incroyable. Si quelqu’un écrit une connerie sur Wikipédia, je vais vouloir rétablir la vérité, mais ils continuent à réécrire n’importe quoi. J’ai beau leur dire « Hey, c’est moi, changez ça ! », mais ils n’en ont rien à cirer, et moi je me dis, « Allez vous faire foutre ! ». Les gens pensent que du moment qu’une information est trouvable sur internet, c’est qu’elle est vraie, même si elle n’a pas été vérifiée. Avec Photoshop, je pourrais me retrouver en photo avec un alien ! Et je devrais leur dire « Hey mec, c’est juste un montage, c’est pas une vraie photo ! », mais ils n’écouteraient pas (rires).

Côté solo, vous n’avez pas chômé. Vous avez sorti votre dixième album en janvier, Transition. C’est assez symbolique, comme titre !
Transition, c’est le passage de l’ombre à la lumière. J’ai passé quatre années absolument merdiques. Mes parents sont morts, j’ai divorcé, j’ai eu un bébé au milieu de tout ça, mon groupe s’est séparé puis reformé, plusieurs de mes amis sont décédés, Mike est très malade… J’ai regardé ce qu’était ma vie, et j’ai appuyé sur restart. J’ai arrêté de boire, de fumer, je suis passé à un style de vie complètement organique. Du coup c’est la transition d’une vie décousue, autodestructrice à une vie plus saine, dédiée aux choses importantes. C’est horrible de voir ses amis mourir ou être malades. Si on n’a pas la santé, on n’a rien. Je sais que c’est un cliché, je dois avoir l’air d’un vieux croulant à dire ça, mais… C’est vraiment ce que je pense. Je veux juste me réveiller le matin et me sentir bien.

A propos de ces collaborations, est-ce que vous avez une anecdote à nous raconter ?
C’est difficile de choisir, tu sais ! J’ai travaillé avec tous les héros de mon enfance, c’est incroyable. À part Jimi Hendrix, mais je l’aurais traqué s’il avait encore été là. Ah, si, j’ai une anecdote marrante. Tu parlais de Lionel Ritchie. Pour le solo de guitare sur Running with the night, il m’a appelé, et après quelques minutes d’échauffement et d’impro au studio, je lui ai dit « Ok, je suis prêt, on peut commencer ! », et il m’a répondu « C’est dans la boîte ! » C’était n’importe quoi, j’ai joué comme ça me venait, sans même y réfléchir, et lui il était là à me dire « Arrête, c’est fini ! Rentre chez toi ! ». Ça a dû durer dix minutes, même pas (rires).

Quels sont vos plans pour la suite ?
Je suis tout le temps occupé ! Il y a la tournée de Toto, toutes les choses qu’on a prévues pour cet anniversaire, mes concerts en solo et avec Ringo Starr & His All-Starr band. Je joue avec Ringo Starr ! C’est vraiment dingue. J’écris un livre sur ma vie, aussi. Mais comment veux-tu raconter trente-cinq ans en deux cents pages ? Je tiens des agendas de tout ce que je fais, avec qui et dans quel studio, depuis 1977. J’ai aussi des tas de photos. Mais j’ai un mal fou à trier, avec ça je peux faire une encyclopédie (rires) ! C’est un projet futur, pour l’instant je me concentre sur les shows. Une chose à la fois !

Et avec un emploi du temps aussi chargé, est-ce que vous avez encore le temps et l’envie de travailler la guitare ?
Oh oui ! Tous les jours. Il y a toujours des choses à améliorer. J’ai trente-cinq ans de carrière, mais je n’ai même pas encore gratté la surface de tout ce qu’il y a à savoir. En fait, plus j’en apprends, plus je me rends compte que je ne sais rien du tout ! C’est ça qui est fou avec la musique. Je crois que je continuerai à jouer dans ma tombe, à chercher la note parfaite.

On a d’ailleurs beaucoup de guitaristes parmi nos lecteurs, ils risquent de m’égorger si je ne vous demande pas sur quelle guitare vous jouez en ce moment !
La Music Man L3. J’ai des tonnes de guitares bien sûr, mais j’en reviens toujours à celle-ci. Elles sont très polyvalentes. Pour les pick-ups j’ai des DiMarzio, sans effets, ça rend un son très pur, très beau. J’ai plusieurs versions de ce modèle, la L1, la L2 et la L3. C’est le genre de guitare que tu peux prendre en main et commencer à jouer sans même un réglage. Elles sont incroyables. Et non, ce n’est pas du marketing, c’est sincère, je le jure sur la tête de mes quatre enfants !

Dernière question : plutôt Beatles ou Rolling Stones ?
Les Beatles (silence). Ça ne m’a pas pris longtemps, non (rires) ? Les Beatles ! Évidemment. Ils ont écrit les meilleures chansons de tous les temps. Et le plus fou, c’est qu’entre leur premier et leur dernier album, il ne s’est passé que huit ans. Ils ont changé le monde, en huit ans ! J’ai besoin d’oxygène, de nourriture, d’eau et des Beatles. Ça a toujours été comme ça. Aujourd’hui, je reçois des SMS de Ringo Starr, avec qui je suis devenu ami. C’est surréaliste. J’ai juste envie de lever les yeux au ciel et de dire « Merci Seigneur, pour cette vie extraordinaire ! »

Toto, Falling in between, 2006 / Frontiers records

Propos recueillis par Marine Pellarin et Guillaume Hann
Illustrations : Marine Pellarin

 

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