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CBGB : Hey ho, let’s go ?

Randall Miller a fait le pari risqué de raconter l’histoire du CBGB, bar iconique des débuts du punk et du rock underground, où les groupes à succès éprouvèrent soir après soir un public converti d’accros. Alors, quid de cette adaptation qui fleure bon le punk ? Bilan mitigé.

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Hilly Kristal (Alan Rickman) est un gars excentrique, un peu cradingue, et surtout fauché : bien qu’il se rêve gérant de bar, il en a déjà fermé deux pour faillite. On ne peut pas dire qu’il soit très doué, mais il s’obstine… Nous voici en 1973 et Hilly ouvre son troisième établissement : le CBGB, pour « country, bluegrass and blues ». C’est là que la génération no future va faire ses premiers pas : le CBGB deviendra l’un des endroits les plus mythiques de l’histoire de la musique et Hilly le parrain de la musique punk. Le film raconte les premiers concerts du bar et l’émergence des Ramones, des Dead Boys et de moult autres.

Copains keupons

Randall Miller avait le choix : faire un film sur le CBGB, c’était soit suivre la piste tracée par The Runaways et faire du réaliste, sombre et malsain, soit pondre un film tout public, une sorte de docu-divertissement qui évite soigneusement le tampon PG-quelque-chose. Sans surprise, B, la réponse B. CBGB est moralement lisse, plein de bons sentiments et d’humour. C’est une belle aventure humaine, l’histoire de l’obstination d’un homme et du soutien de ses amis, Fluttershy, Pinkie Pie et… Je m’égare. Le réalisateur s’obstine à coller des cafards et des crottes de chiens partout, les gens sont dégueu et se bastonnent, mais le CBGB est finalement aussi punk que le marais de Shrek. Passée la déception de ne rien voir de déstabilisant ou novateur, on accepte le trash mâtiné lol et sentiment typiquement Disney*. Les punks ont bien le droit d’être sympa après tout.

La question à mille balles

Pour ceux qui ne suivent pas derrière, le CBGB a bien existé, et c’est d’un film basé sur des faits réels dont on parle ici. Bien évidemment, dès que quelqu’un décide de pondre un film historique, le public va squatter Wikipédia pour vérifier la véracité historique du moindre sniff de colle. Je vous épargne cette peine : c’est très documenté, et ça assume les éventuelles gamelles dès le début avec un « this story is mostly true ». On notera quelques couilles ça et là, mais rien de très grave. Il y a bien une incohérence grosse comme une baleine, mais elle est justifiée en fin de générique. Parce qu’Iggy Pop qui invente le stage diving au CBGB… Attends, je chausse mes lunettes et je brandis ma science et mon indign… «We know Iggy Pop never performed at CBGB. Just deal with it. »… Ok. Passons au contexte, alors.

No future ?

Autant être clair : le film n’aborde pas la portée sociale du punk. No future, on ne sait pas trop pourquoi et le réalisateur non plus. Randall nous offre trois fils rouges : l’histoire du très têtu Hilly Kristal, la création du magazine Punk, symbole du mouvement, et la naissance difficile et bordélique de la musique du même nom. Si on suit Hilly et l’émergence de la musique keupone de façon continue, on perd vite le canard : ses créateurs intellectualisent brièvement le punk à grands cris de génie dans la rue, interviewent maladroitement Lou Reed (Kyle Gallner, qui a tout sauf la tête de Lou Reed) et finalement on se demande bien pourquoi on les a mis là. Dommage, le magazine aurait pu expliquer le fond de la révolte, qui paraît parfois assez creuse et injustifiée dans le film.

CBGB-Alan-Rickman

Johnny, Deedee, Joey, Tommy…

Concernant les protagonistes, on ne peut pas dire qu’ils aient oublié grand monde. On sent l’envie maladive de citer au moins brièvement chaque personne ayant contribué du près ou de loin : managers, écrivains, journalistes, artistes… On a même droit à Idaho (Freddy Rodriguez), le clodo junkie chargé de mettre du ketchup dans le chili du CBGB pour le rendre moins ignoble. Exceptées Debbie Harry (Malin Akerman), et Patti Smith, les autres icônes du mouvement sont assez cliché dans leur comportement. Stiv Bators pisse dans les distributeurs de glace, Johnny Ramone pète des câbles pour rien, Cheetah Chrome (Rupert Grint) baisse son froc pour prouver qu’il est bien roux naturel. C’est caricatural, certes… Mais est-ce que c’est vraiment raté pour autant ?

Punks just wanna have fun

Finalement ce sont bien des ados qu’on suit : ils veulent jouer leur musique et faire ce qui leur passe par la tête sans penser au lendemain. À être dans l’excès en permanence, les personnages peuvent paraître cliché, mais est-ce qu’on peut jouer un punk sans tomber dans l’excès ? Les Dead Boys et les autres sont dépeints comme des cinglés sans limites, mais sont si attachants qu’on prendrait bien le risque de se faire péter une bouteille sur la tête en allant boire un coup avec eux. Donc même s’il oublie fortuitement tout le négatif qui a pu créer le mouvement, le film porte un regard pas prise de tête et finalement assez sympathique sur le punk. Ca se regarde une bière à la main, pour rigoler sans trop réfléchir. You wanna be sedated de toute façon, non ?

*We know Shrek never was a Disney movie. Just deal with it.

CBGB, de Randall Miller, Unclaimed Freight Productions, Rampart Films, 2013

Article : Marine Pellarin

Initialement publié dans Karma#6

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