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Rock Forever : slips en cuir et sucre glace

On marque le début de l’hiver avec la sortie de Rock Forever en DVD, une comédie musicale sur le rock dans les eighties. Qu’en dit notre chroniqueuse ? Youpi ! Ou pas.

Rock Forever, de quoi ça parle ? D’une ado blondinette qui quitte sa cambrousse pour Los Angeles, et qui rêve de devenir une rockstar. Du sous-Patrick Swayze en marcel qu’elle rencontre là-bas, et qui rêve de devenir une rockstar (toi aussi ? Ça alors !). Du Bourbon Room, le bar-concert où travaillent les deux zozios, qui a connu son heure de gloire mais menace de fermer. La faute à l’odieuse femme du maire qui veut faire disparaître le rock n’roll, cette musique du diable (Madame Boutin ? Ça alors !). Et puis bon, ils tombent amoureux, ils chantent, tout ça.

Pas la peine de vous mentir, Rock Forever, c’est un High School Musical avec des vestes en jean clouté et des bouteilles de whisky. Basé sur le musical Rock of Ages qui a fait un tabac outre-Atlantique, on pouvait s’attendre à ce que l’adaptation soit à la hauteur de l’original, surtout de la part d’Adam Shankman qui nous avait pondu une très sympathique adaptation d’Hairspray en 2007. Mais on a droit à un début convenu, un milieu qui relève à peine le niveau, et une fin évidente. Ne crachons pas dans la soupe, le film réserve tout de même deux ou trois scènes surprenantes et quelques vannes sympathiques. Mais étant donné que ce n’est pas le script qui nous intéresse, tournons-nous vers le plus important : le rock n’roll, baby.

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Rock Forever se pose dans un univers eighties rock bourré de clichés parfois navrants, parfois drôles : la perruque hilarante de Russell Brand, même David Bowie n’en voudrait pas. Somme de tous les clichés, la rock star du film Stacee Jaxx (Tom Cruise) est une espèce de Steven Tyler alcoolique et mou du genou. Et il faut rendre au scientologue en moule-bite de cuir ce qui lui appartient : il joue étonnamment bien la star déchue et camée, seul personnage vraiment rock n’roll du métrage. On a droit à un vrai show pour les scènes de concert qu’il assure avec brio, que ce soit côté chant ou côté jeu scénique tendancieux. Nos tourtereaux, eux, passent le film à concourir pour le prix du meilleur interprète dans la catégorie « pop qui essaie de passer pour du rock ». Tous leurs duos suintent le Glee sponsorisé par RTL2. Car selon le principe même de la comédie musicale, les personnages partent en envolées lyriques dès qu’il leur arrive quelque chose, soit toutes les deux minutes. Alors certes, le choix des combos chansons/situations est toujours pertinent, mais un point reste décevant : ô rage, ô désespoir, aucun groupe de rock n’a crié « moi, moi ! » pour venir interpréter un de ses titres et contrebalancer. On ne note que deux apparitions venues du monde de la musique : la chanteuse choupi-trashos Porcelain Black, quasi invisible, et… Mary J. Blige, reine du r’n’b. Because fuck logic, that’s why.

Rock Forever, c’est donc deux heures de reprises. À côté des quelques chansons diffusées dans leur version originale, on compte tout de même une belle sélection de gros son pour les parties chantées : Pour Some Sugar on Me de Def Leppard, Rock You Like a Hurricane de Scorpions, le très évident I Love Rock ‘n Roll de Joan Jett, du Bon Jovi, du Twisted Sisters… Ça dévie vers le rock FM avec Journey, mais quitte à la jouer patriote US, on aurait préféré Springsteen. Foreigner est aussi un choix discutable quand on sait que les acteurs ajoutent une bonne couche de sucre glace, de guimauve et de fraises tagada à tout ce qu’ils chantent. Mais coup de bol, I Wanna Know What Love Is a droit à une scène de pseudo-sexe drôlatique et pas trop gnan-gnan. Pour le reste, c’est mignon tout plein, mais c’est pas ce qu’on attendait.

Au final, c’est une vision bien creuse et édulcorée du monde du rock eighties que l’on nous sert. Il y a bien quelques scènes sur la fin du film qui tireraient des « oooh ! » indignés à ma grand-mère, et une poignée de chansons que je réécouterais volontiers, mais ça ne sauve pas la bande. Rock Forever est construit sur des clichés certes distrayants, mais pas intéressants d’un poil. À regarder un soir où vous vous sentez bon public. Avec un coup dans le nez, ça devrait passer, hm ? Don’t stop believing, tout ça…

Article et illustration : Marine Pellarin

Initialement publié dans Karma#2

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