Communication écrite · live reports · musique

Rock en Seine 2016 #3 : Iggy Pop fait de la résistance

Troisième et dernier jour de Rock en Seine 2016, entre mélodies planantes et légendes vivantes : Iggy Pop, Sum 41 et Foals étaient au programme. On fait le bilan du festival, entre les choix pas toujours évidents de la prog, les têtes d’affiche et les nouveautés qu’on a découvertes.

Le dimanche à Rock en Seine, c’est la sortie semi-familiale qui se mêle aux habitués et mélomanes : un mélange bon enfant et bien agréable. Un petit tour du côté du dancing pour prendre un cours de voguing, un crochet par le stand de la médiathèque de St Cloud pour un moment de calme bien appréciable, et une visite de l’expo Rock’art qui nous a fait découvrir quelques noms méconnus de l’illustration. Pour l’an prochain, on demande une expo et une vente de prints en ligne pour ceux qui n’étaient pas là ! Mais comme on y était, place aux concerts :

Le futur du rap US est français : KillASon vient de Poitiers mais a tout d’un exubérant gangsta de la côte Est. Sous son manteau de fourrure noire, il joue les MC ; ses lourdes basses attirent les festivaliers comme des mouches, et il les garde avec son rap rapide et délirant.

On a causé projets 2017 avec le petit prodige : lire l’interview de KillASon

On file pour aller écouter un autre nom à retenir : Bibi Bourelly. La protégée de Rihanna arrive d’Allemagne et elle pourrait bien s’imposer partout dans l’année à venir. Non contente d’avoir écrit et chanté pour des mastodontes de la pop (Rihanna, Lil Wayne, Selena Gomez), elle part à la conquête du public français par la petite porte. C’est sur la modeste et souvent visionnaire scène Pression Live qu’on retrouve sa voix suave et ses musiciens : qu’importe le public clairsemé, Bibi Bourelly se le met dans la poche en jouant de l’ambiance intimiste. Une vraie perle qu’on est heureux d’avoir pu savourer en petit comité.

Un passage chez Gregory Porter nous a confirmé que l’homme sait faire danser les foules ; mais j’ai le sac Eastpak qui me démange et un sitting devant la Grande Scène s’impose : faudrait pas rater le début de Sum 41.

On sait, on sait, l’enregistrement du concert de Sum 41 à Rock en Seine 2016 a tourné sur la toile, mais il ne lui a pas rendu justice. D’accord, on s’est coltiné quelques fausses notes et de nouveaux zicos sont de la partie faute de savoir encore jouer quelques solos techniques : mais qu’importe ! L’ambiance devant les tubes Still Waiting ou In Too Deep était monstrueuse : à perte de vue, slams et circle pits d’ados devenus adultes, surexcités par la présence scénique du chanteur. Si le costume de star passée est dur à assumer pour certains, Deryck Whibley retourne pas mal l’exercice. Oui, c’est vrai, on dirait bien qu’on a rangé le Canadien dans un placard entre 2005 et 2016 (c’est exactement le même) (à un point inquiétant), mais il nous rappelle que Sum 41 était et est toujours plus qu’une énième formation pop-punk. On avait oublié les accents metal et les mélodies parfois teintées de heavy qui parfont l’identité du groupe ; ce live était l’occasion idéale de les redécouvrir.

Avant de vous narrer la légende Iggy Pop, je tiens à adresser mes sentiments les plus sincères à CHVRCHES, qui étaient programmés en même temps. C’est une place des plus ingrates, on pense à vous.

CHVRCHES rejoint VKNG (hasard?) au Hall of Fame ASAF 2016 (Hall of Fame des Artistes Sacrifiés à l’Autel des Festivals). Tous nos applaudissements en retard.

Voir Iggy Pop et mourir : l’inverse paraîtrait plus logique au vu de l’âge de l’iguane (69 ans, soit 154 ans en âge rock star). La foule s’amasse pour accueillir le dieu vivant, le Passenger des Stooges. Fi des setlists supposées, fi des câbles des instruments, fi des pieds de micro et fi général : Iggy est incontrôlable, et torse nu, il passe le concert à prendre des bains de foule. Entre deux crises d’angoisse de la sécurité, le Real Wild Child beugle d’un voix chancelante son amour à son public et lui mime tout ce qu’il aimerait lui faire. Ledit public en reste médusé et ravi : on ne saura pas à quoi Iggy carbure, mais vu qu’il a embarqué une certaine Anne-Charlotte à la fin du set, on suppose qu’il y a des petites pilules bleues dans le tas.

Sans surprise, une bonne partie du public s’est déversée vers les sorties suite à ce spectaculaire concert. Les autres sont restés pour voir quelques stars montantes avant Foals : parmi elles l’éthérée Aurora, douce voix venue de Norvège. À tout juste 20 ans, elle sort son premier album All My Demons Greeting Me as a Friend, et on pousse votre curiosité à aller le découvrir.

Et bien évidemment, la dernière tête d’affiche Foals a rassemblé les spectateurs du soir. Passé le tube My number qui a rendu chèvre la totalité du territoire français en 2013 (navrée de voir avoir remis ça dans la tête), on apprécie le choix de Rock en Seine pour la clôture : même si la pop est leur gagne-pain, découvrir le côté expérimental et parfois planant de Foals en live a été une expérience immersive et jouissive. À l’image de Rock en Seine 2016 !

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Avec une fréquentation de 110 000 personnes, on pourrait retenir que Rock en Seine a vu sa popularité baisser (-10 000 festivaliers par rapport à 2015) ; mais si on compte l’impact général des attentats sur la masse des publics en France, la perte est bien moindre que ce que l’on appréhendait. Le festival a été géré au poil au niveau de sa com et de son encadrement : la sécurité était clairement présente à l’extérieur et a su se faire oublier à l’intérieur, au plus grand plaisir des fêtards. Si la prog était particulièrement ambient cette année, on a particulièrement aimé l’initiative (compensatrice ?) du dancing et des concerts de plus petits groupes à fort potentiel “summer celebration” comme Papooz et Royal Republic. On salue aussi le réflexe “brumisateurs” qui a évité bien des insolations et a vite été récupéré comme jeu de flotte par les participants.

Bon enfant, bonne ambiance, Rock en Seine garde sa place dans nos coeurs et dans nos agendas comme le dernier festival de l’été. On range les lunettes de soleil et les sacs banane à regret, mais une chose est sûre, on sera là l’an prochain.
Rédaction : Marine Pellarin
Photos : Ugo Schimizzi

Lire le live report de Rock en Seine #1 : The Last Shadow Pompette
Lire le live report de Rock en seine #2 : Massive Attack atmosphérique

 

Initialement publié le 12 septembre 2016 sur Vacarm.net

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